lundi 1 mai 2017

Kalpa Impérial, d'Angélica Gorodischer

Titre : Kalpa Impérial
Auteur : Angélica Gorodischer
Éditeur : La Volte
Parution : avril 2017
Illustration : Stéphanie Aparicio
Traduction : Mathias de Breyne
246 pages
20 euros

Synopsis :
Une fable, un conte au souffle épique, un roman tissé d’histoires entrelaçant les naissances et les chutes d’un empire, « l’Empire le plus vaste qui ait jamais existé ». Kalpa Impérial est un livre universel et visionnaire, écrit par une très grande auteure argentine, injustement méconnue en France. Traduit dans le monde entier, notamment en anglais par Ursula K. Le Guin, ce chef-d’œuvre inclassable fait songer au cycle de Gormenghast de Mervyn Peake ou aux Villes Invisibles d’Italo Calvino.

Critique :

Voici un petit bijou à classer parmi les O.L.N.I (Objet Littéraire Non Identifié) qui nous vient tout droit d’Argentine grâce aux éditions La Volte. À ranger du côté du rayon « fantasy pas comme les autres ». Car Kalpa Impérial n’est pas un roman comme les autres, on s’en rend bien compte dès la première phrase, une bien longue phrase qui prend presque une page complète. Pas le temps de dire « outch ! » que voilà notre regard qui enchaine sur la deuxième phrase puis la troisième, la quatrième, la cinquième, etc., jusqu’à ce que le narrateur nous serve son histoire. Un style très énumératif, donc. Très oral aussi, puisque le narrateur se trouve être le personnage principal de cet entrelacement de plusieurs fable au sujet de cet empire millénaire. Et cette transcription dans un style très oral contribue à cette proximité avec nous, le lecteur. Passée la surprise, l’auteure nous livre un texte extrêmement fluide et passionnant !

Parlons un peu de ce fil conducteur : le narrateur. Ou plutôt le « conteur de contes » comme c’est  si joliment dit. C’est ce personnage qui fera le ciment de ce fix up (un roman élaboré à partir d’histoires courtes). D’une histoire à une autre il nous fera voyager dans cet empire énigmatique, nous contant le récit d’une ville, d’un empereur, d’une impératrice. Le matériau est vaste et saura vous embarquer à tous les coups. Jamais le narrateur ne nous laissera à la dérive, toujours il retiendra l’attention de nous, son auditoire transformé de manière brut en lectorat.

Ce livre ne saurait être un petit bijou qui souffle un vent de fraîcheur sur la fantasy sans un fond. Tout le long des récits qui nous sont racontés est parsemé de véritables leçons de vie. On peut accoler le terme de « fables » à toutes ces histoires sur cet empire. Pourtant, si la morale est parfois mise en avant, jamais l’aspect moralisateur est présent. Peut-être dis-je une bêtise à ce sujet, mais dans tous les cas, j’ai su être conquis par la subtilité du propos que nous sert Angélica Gorodischer, auteure jusqu'ici inconnue pour ma part. Enfin, plus maintenant.


Kalpa Impérial est pour moi un énorme coup de cœur. Derrière sa bizarrerie première se cache une grande raconteuse d’histoire pour un grand livre au souffle unique, traitant de nombreux thèmes très contemporains et engagés de la manière la plus subtile : en écrivant des histoires captivantes. Je comprends mieux que ce texte ait attiré la curiosité de Déesse Ursula K. Le Guin. À  découvrir absolument !

jeudi 2 mars 2017

Les Seigneurs de Bohen, de Estelle Faye

Titre : Les Seigneurs de Bohen
Auteur : Estelle Faye
Éditeur : Critic
Parution : mars 2017
Illustration : Marc Simonetti
612 pages
25 euros

Synopsis :
« Je m’appelle Ioulia La Perdrix. Mon récit commence il y a près de cent ans, à l’époque où Iaroslav le Juste siégeait sur le trône de Bohen. Sur les hauteurs des monts des Sicambres, par une glaciale nuit d’hiver, une abbaye brûlait… » 

Je vais vous raconter comment l’Empire est mort. 

L’Empire de Bohen, le plus puissant jamais connu, qui tirait sa richesse du lirium, ce métal aux reflets d’étoile, que les nomades de ma steppe appellent le sang blanc du monde. Un Empire fort de dix siècles d’existence, qui dans son aveuglement se croyait éternel.

J’évoquerai pour vous les héros qui provoquèrent sa chute. Vous ne trouverez parmi eux ni grands seigneurs, ni sages conseillers, ni splendides princesses, ni nobles chevaliers… Non, je vais vous narrer les hauts faits de Sainte-Étoile, l’escrimeur errant au passé trouble, persuadé de porter un monstre dans son crâne. De Maëve la morguenne, la sorcière des ports des Havres, qui voulait libérer les océans. De Wens, le clerc de notaire, condamné à l’enfer des mines et qui dans les ténèbres découvrit une nouvelle voie… Et de tant d’autres encore, de ceux dont le monde n’attendait rien, mais qui malgré cela y laissèrent leur empreinte.

Et le vent emportera mes mots sur la steppe. Le vent, au-delà, les murmurera dans Bohen. Avec un peu de chance, le monde se souviendra.

Critique :

Fait extraordinaire, je vais avec la présente chronique doubler mon activité de blogueur par rapport à l'an dernier. Pour me sortir de cette léthargie, il me fallait un roman extraordinaire. (Conclusion : le roman que je vous présente en ce moment est ce fameux roman.) J'ai déjà eu l'occasion de vous le teaser dans ma précédente chronique (je cite : "en mars, je frissonne du coup de tonnerre qui arrive"). Il s'agit du dernier né de l'imagination d'Estelle Faye : Les Seigneurs de Bohen.

Je pense sincèrement qu'Estelle Faye nous livre ici un texte qui deviendra un "classique" de la fantasy française tant j'ai été impressionné. J'y ai vu beaucoup, vraiment beaucoup de bonnes choses. D’une part une plume, toujours aussi rafraichissante de par son style, et de par son ton. D’autre part des personnages, aussi divers et variés qu’attachants. Enfin, une histoire, classique et pourtant surprenante. Dans Les Seigneurs de Bohen, je vois une sorte de synthèse de Joe Abercrombie et ses univers sombres traversés par des personnages charismatiques, de Jean-Philippe Jaworski pour la richesse de l’écriture et la qualité du style, ainsi que de Loïs MacMaster Bujold pour l’humanité des personnages.

Détaillons un peu en revenant à un point auquel je suis en général particulièrement sensible : les personnages. Dans le cas présent, il s’agit indéniablement d’un des immenses points forts du récit. Les personnages sont tous, sans exception, intéressants. Alliés à la subtilité de l’écriture et de la pensée d’Estelle Faye, cela donne des personnages profonds et puissants, parfois en peu de mots, parfois avec des développements plus poussés quand cela concerne les principaux héros, à savoir Sainte-Étoile le guerrier, Maëve la sorcière et Wens le clerc de notaire. J’ai trouvé par ailleurs le dosage du nombre de personnages vraiment nickel. Le patchwork est suffisamment étoffé pour apporter une diversité de points de vue et une complexité scénaristique, sans pour autant être constamment abreuvé de nouveaux personnages qui rendraient le récit trop confus.

Par le biais de ces personnages, nous allons naviguer d’un point à un autre du récit de la chute de l’Empire de Bohen. Plus encore, nous allons, tel un navire en mer, traverser un univers foisonnant qui, toujours, saura nous apporter des surprises. On vit les rebondissements de nos protagonistes. Vraiment, Estelle Faye a su créer un monde riche et passionnant, en parvenant à maintenir une cohérence générale qui pousse à la curiosité. Si à l’avenir l’idée lui venait d’écrire de nouveau dans cet univers, sans nul doute aura-t-elle de la matière sous la main tant cela m’a paru vaste.

J’en reviens à la comparaison avec Abercrombie, qui me semble être la référence présentant le plus de proximité avec Les Seigneurs de Bohen, dans cet exercice des correspondances toujours un peu périlleux. Une noirceur certaine rapproche ces deux univers, mais c’est aussi – j’y reviens très souviens – la présence de personnages charismatiques et abimés par les événements qui donne le sel de l‘histoire. Néanmoins, et c’est là où je fais un rapprochement avec Loïs MacMaster Bujold et de son cycle de Chalion, je vois une approche un peu inverse dans l’écriture. Abercrombie a tendance à présenter des personnages qui, de base, sont présentés comme des anti-héros. Estelle Faye adopte une approche plus subtile, plus humaine, où ses héros ne sont pas lisses, portent des tourments forts, et pourtant sont difficilement classables dans la catégorie bien badass des anti-héros. Est-ce que pour autant ça leur enlève de la saveur ? Entre Glotka (Abercrombie) et Cazaril (MacMaster Bujold), je crois que je n’ai pas de préférence J


Je dérive en divers atermoiements dans ma chronique, donc je vais tenter de conclure afin de vous donner envie de vous précipiter sur cette lecture, car c’est un livre qui mérite d’être lu aussi vite que possible. J’ai été bluffé. Je connaissais le talent de l’auteure. Seulement, cela n’offre pas la garantie d’une telle lecture. Il y a une maîtrise du rythme qui fait que l’on ne s’ennuie jamais lors de la lecture de ce pavé de près de 600 pages. On se trouve emporté par la force créatrice d’Estelle Faye, par son style, par ses personnages, par son univers, par son histoire, par un tout. Peut-être y a-t-il des points faibles dans ce texte, mais je ne les ai pas vu tant il y a de points forts. Je ralentissais ma lecture pour profiter de tous les détails, pour bien m’imprégner comme j’avais pu le faire en lisant Gagner la Guerre de Jean-Philippe Jaworski. On ressent une auteure qui se lâche et nous offre un récit plein de panache (un peu sanglant par ailleurs, le panache :p). Foncez !

mercredi 1 février 2017

Sénéchal, de Grégory Da Rosa

Titre : Sénéchal
Auteur : Grégory Da Rosa
Éditeur : Mnémos
Parution : février 2017
Illustration : Lin Hsiang
320 pages
19,50 euros

Synopsis :
« Sénéchal, la ville est assiégée ! »

Telle est la phrase que l’on m’a jetée sur le coin de la goule. Depuis, tout part à vau-l’eau. Oui, tout, alors que ce siège pourrait se dérouler selon les lois de la guerre, selon la noblesse de nos rangs, selon la piété de nos âmes. Nenni.

Lysimaque, la Ville aux Fleurs, fière capitale du royaume de Méronne, est encerclée et menacée par une mystérieuse armée. Et pour le sénéchal Philippe Gardeval, ce n’est que le début des ennuis. Suite à l’empoisonnement d’un dignitaire de la cité, il découvre que l’ennemi est déjà infiltré au sein de la cour, dans leurs propres rangs ! Sous quels traits se cache le félon ? Parmi les puissants, les ambitieux et les adversaires politiques ne manquent pas ; le sénéchal devra alors faire preuve d’ingéniosité pour défendre la ville et sa vie dans ce contexte étouffant d’intrigues de palais.

Critique :

Il y a, parfois, des certitudes. Aujourd’hui, j’en ai une : 2017 sera une année qui verra défiler quelques bijoux de fantasy ! En juin, un petit bout d’une certaine chasse royale nous parviendra ; en mars, je frissonne du coup de tonnerre qui arrive ; et encore plus tôt dans le temps, en février – maintenant – un petit nouveau dans le paysage de l’édition. Ce petit nouveau qui nous occupe, m’enfin, qui m’occupe mais qui va bientôt vous occuper parce qu’il m’occupe et que je le porte et le porterais encore et encore de manière insistante à votre attention – vous pouvez reprendre votre respiration – c’est Sénéchal, de Grégory Da Rosa.

               Autant vous le dire, ce premier roman de l’auteur m’a véritablement emballé. Je n’avais plus connu cet emballement pour un nouvel auteur en fantasy depuis Porcelaine d’Estelle Faye, de mémoire en 2013, c’est-à-dire presque une éternité. Bien évidemment, il y a eu entre temps de bonnes surprises, pour passer de bons moments. Je pense par exemple au Bâtard de Kosigan de Fabien Cerutti, et d’autres encore. Mais point d’énumération ici. Ce qui distingue des autres Sénéchal et Porcelaine en premier lieu, c’est le style. Attention, je ne jure pas sur un sacro-saint style, il est tout à fait réalisable d’avoir du style et malgré tout de pondre quelque chose de mauvais, ou tout du moins d’accoucher d’un texte qui ne plaira pas, en termes plus pondérés. Nous sommes avec Sénéchal dans un cas manifeste d’un écrivain qui a toutes les qualités pour s’affirmer parmi les têtes connues de l’Imaginaire en France, grâce notamment à une plume affirmée, élégante et étonnamment – ou pas – fluide compte tenu de son caractère médiévalisant.

J’en oublie néanmoins d’ajouter que le style n’est pas qu’un étendard, bien loin s’en faut. Le style sert le récit. Le style permet une immersion. Le style est un outil, et Grégory Da Rosa en use à merveille. J’ose à peine insérer un petit reproche quant au nombre de notes de bas de page, qu’il eut peut-être fallu restreindre, ou bien renvoyer vers un glossaire. Il n’empêche, nous voilà plongé dans un univers tel que peut le faire un Jean-Philippe Jaworski, toute proportion gardée.

Seulement, il n’est pas uniquement question de style. Je m’enflamme beaucoup sur la chose dans le cas présent, pourtant, l’auteur parvient par là même à nous entraîner dans un univers a priori simple mais intéressant. On sent/imagine un arrière-plan fourni, en plus d’agencer une intrigue au suspense bien maîtrisé. Sénéchal nous expose en effet le siège d’une ville, – pas n’importe laquelle ! – Lysimaque, capitale du royaume de Méronne. Dans ce huis-clôt, le sénéchal Philippe Gardeval, défenseur de la cité et proche du roi, va se trouver au centre d’un joli pataquès délicieusement monté en sauce. Clairement, j’attends la suite pour en savoir plus !

Je voudrais encore dire tant de choses. Le personnage du sénéchal des plus attachants. Des anges bien badass. Des rebondissements qui vous surprendrons. Des rancœurs politiques jubilatoires. Je vous épargne la suite, je risquerais – encore – avec mon sens de la circonvolution, de la digression, de m’éterniser dans les compliments. Tout porterait à croire que Grégory Da Rosa nous offre un texte parfait. Il n’en est rien, et j’espère qu’il n’existera jamais de livre parfait. Pour autant, j’ai eu le sentiment à ma lecture de lire un parfait premier roman, dans le sens que le lecteur que je suis se trouve surpris et captivé, de manière la plus agréable possible.


Ainsi sera alors ma conclusion : attiré par le parfum suave de la surprise, me voilà qui fut happé dans une belle aventure, retorse à souhait sans pour autant manquer de sentiments humains. Sous le verni d’une belle écriture, un personnage retient notre attention, mais aussi une intrigue, orchestrée avec une maîtrise peu commune, d’autant plus pour une première expérience. Le temps est passé trop vite durant ma lecture de Sénéchal, vivement la suite !

mercredi 12 octobre 2016

L'Espace d'un an, de Becky Chambers

Titre : L’Espace d’un an
Auteur : Becky Chambers
Éditeur : L’Atalante
Date édition : août 2016
Illustratrice : Clémence Haller
Traductrice : Marie Surgers
448 pages
23 euros


Synopsis :

Rosemary, jeune humaine inexpérimentée, fuit sa famille de richissimes escrocs. Elle est engagée comme greffière à bord du Voyageur, un vaisseau qui creuse des tunnels dans l’espace, où elle apprend à vivre et à travailler avec des représentants de différentes espèces de la galaxie : des reptiles, des amphibiens et, plus étranges encore, d’autres humains. La pilote, couverte d’écailles et de plumes multicolores, a choisi de se couper de ses semblables ; le médecin et cuistot occupe ses six mains à réconforter les gens pour oublier la tragédie qui a condamné son espèce à mort ; le capitaine humain, pacifiste, aime une alien dont le vaisseau approvisionne les militaires en zone de combat ; l’IA du bord hésite à se transférer dans un corps de chair et de sang…

Les tribulations du Voyageur, parti pour un trajet d’un an jusqu’à une planète lointaine, composent la tapisserie chaleureuse d’une famille unie par des liens plus fondamentaux que le sang ou les lois : l’amour sous toutes ses formes.

Loin de nous offrir un space opera d’action et de batailles rangées, Becky Chambers signe un texte tout en humour et en tendresse subtile. Elle réussit le prodige de nous faire passer en permanence de l’exotisme à la sensation d’une familiarité saisissante.

Critique :

Il ne faut guère plus que l’espace de deux soirées pour achever cette petite merveille de la science-fiction, écrite sous la plume délicate et merveilleuse de Becky Chambers. L’espace d’un an, en tout cas ses thématiques, n’offre que peu d’originalité en lui-même. Son originalité réside dans son approche du récit, en plus de ses thématiques.

Je me contredis ?

Certes, j’ai bien parlé de thématiques pas forcément originales dans le domaine de la science-fiction. Il n’empêche, c’est assez magistral d’aborder autant de thèmes différents sans pour autant que cela ne paraisse superficiel dans son traitement. En cause, des chapitres ressemblant presque à des nouvelles à part entière. J’ai compté vingt-trois chapitres, comptez y le nombre de récits dans le récit.

Je grossis un tantinet le trait en parlant de chapitres-nouvelles, car il y a bien un dénominateur commun : le Voyageur et son équipage hétéroclite. Bien loin d’une bande de pirate de l’espace, on a affaire à un tunnelier, appareil qui trace les routes de l’espace dans l’infrastrate. Suite à l’arrivée d’une petite nouvelle, on va suivre ses occupants le temps d’une mission longue d’un an ainsi que les évolutions de leur quotidien et de leurs relations. L’espace d’un an n’aurait pas de raison d’être sans ses protagonistes et le cadre dans lequel ils vivent.

Ne vous attendez pas à tout un foutras d’actions et de rebondissements what the fuck, ce n’est pas du tout l’optique du livre qui nous offre ici un texte croisant space opera et tranche de vie. Et si cela fonctionne si bien, il faut en remercier l’auteure qui fait preuve d’une grande finesse à l’aide d’une écriture extrêmement agréable, d’une empathie forte, de traits d’esprit bien dosés et de personnages passionnants et incroyablement vrais.

Becky Chambers nous présente ainsi une sorte de roman sauce feel good, bien que tout ne sois pas rose. Mais au final, que la vie de soit pas entièrement rose empêche-t-il de s’épanouir ? Un livre riche émotionnellement, rafraichissant, ouvert à la différence. On ressort de cette lecture touché et avec une patate d’enfer.

lundi 6 juillet 2015

Le cycle de Lanmeur - Intégrale IV : Aux Origines du Rassemblement, Christian Léourier



D’ores et déjà, me voilà à faire du rétropédalage pour vous présenter ce livre, Lanmeur – Intégrale IV : Aux Origines du Rassemblement. J’aime beaucoup mon nouveau fonctionnement, et quoique puisse suggérer cette chronique écrite, je le maintiendrais.

Mais, voilà. Oui, voilà.

Quand une baffe arrive, une belle grosse baffe dans la figure, il faut parfois s’écarter du ton sibyllin pour défendre bec et ongles ce en quoi nous croyons : « Ça, c’est de la qualité type BOMBASSE, il faut absolument que vous penchiez un œil dessus. ». Le besoin de détailler se fait donc impérieux dans le cas présent.

Certes, mon langage est parfois encore trop vulgaire pour faire honneur à Christian Léourier, mais il souligne, je pense, avec quelle jubilation frénétique ai-je tourné les pages de ce livre. Car ce qui frappe tout d’abord, au début de cette lecture où l’on ne se doute pas encore du choc à venir, c’est le style.

J’ai envie de digresser en revenant à ma précédente lecture de Lanmeur, intégrale première du nom. En effet, vous pouvez soulever le point que je n’ai pas (encore) pris la peine de lire les deux volumes intermédiaires à ces deux lectures. Pour cause, j’avais fortement apprécié l’intégrale I dans lequel se trouvait les germes de la claque que je tente de vous conter en ce moment même. Car dans ce premier opus, j’avais surtout su tomber sous le charme de Mille fois mille fleuves, récit virtuose au niveau de l’écriture (tout en trouvant le reste très bon, mais sans cette étincelle).

Or il en est de même ici. Une plume virtuose menant à la baguette un récit à la forme originale pour le gros de cette intégrale. L’écriture est splendide, loin d’être un écran de fumé tant j’ai trouvé la maîtrise bluffante, insufflant un véritable souffle à cette fresque mythique.

Oui, Lanmeur, cycle de science-fiction, se voit ici décliné dans une fantasy mythique pour l’essentiel, avec toujours en toile de fond cette quête de l’unité et du savoir. Car finalement, science-fiction ou fantasy, qu’importe la coupe, pourvu qu’on ait l’ivresse. Et fondamentalement, le fond de ce que cherche à transmettre Christian Léourier ne diffère point, comme l’intelligence de son propos ne change pas.

Aux Origines du Rassemblement, en plus d’être captivant, est une œuvre d’une grande profondeur. Je suis certain qu’il s’agit d’un livre qui sera meilleur encore à la relecture. Le sentiment que j’ai eu à la lecture, c’est de vivre quelque chose d’humainement enrichissant, en plus du divertissant, chose habituelle et en quelque sorte (quasi-) systématique aux littératures de genre.


Cette intégrale présente pour ma part un des sommets de l’Imaginaire français avec Le Procès de Gwidon qui occupe le gros de cet ouvrage, tout en dispensant un superbe autre texte avec Le Testament d’Erwan qu’on pourrait qualifier de « grosse cerise » sur le gâteau. Une expérience de lecture à vivre, très certainement. Probablement ma meilleure lecture cette année (et pourtant, j'ai lu de bonnes choses).

jeudi 11 décembre 2014

Stand-by prolongé

Bonjour à tous,

Un certain nombre de problèmes m'affectant, disons même de malheurs, en plus des tracas habituels de la vie, je vous avoue que je n'ai plus grande motivation à écrire pour le blog actuellement. Pourtant, j'ai lu pas mal de bonnes choses dernièrement. Mais devant ce vide intersidéral de motivation, je vous informe que le blog sera en pause pendant un temps dont je ne vois pas le bout.

J'espère revenir, peut-être partagerai-je mes immenses coups de cœur sur ma fan page Facebook, soyez en tout cas certain que je continue de suivre notre petite communauté où j'apprécie beaucoup de monde (même si je ne le montre pas souvent :s).

En vous souhaitant à tous de très joyeuses fêtes, ainsi que d'excellentes lectures,

C u bye bye ;)

P.S. : lisez La Fille-flûte de Paolo Bacigalupi.

lundi 24 novembre 2014

Un cantique pour Leibowitz, de Walter M. Miller Jr.

Titre : Un cantique pour Leibowitz
Auteur : Walter M. Miller Jr.
Editeur : Folio SF
Date présente édition : mai 2013
Couverture :

Illustrateur : Aurélien Police
Pages : 464 pages
Prix : 7,90 euros

Biographie auteur :

              Pilote de chasse pendant la Seconde Guerre mondiale, Walter M. Miller Jr. (1922 – 1996) a tiré de cette expérience traumatisante les fondements d’Un cantique pour Leibowitz, qui remportera le prix Hugo en 1961 et qui fit tardivement l’objet d’une suite, L’héritage de saint Leibowitz, laissée inachevée à sa mort et complétée par Thierry Bisson. Walter M. Miller Jr. a par ailleurs écrit quelques nouvelles – réunies dans le recueil Humanité provisoire – qui figure parmi les plus raffinées du genre.  

Synopsis :

Dans le désert de l’Utah, parmi les vestiges d’une civilisation disparue, frère Francis de l’ordre albertien de Leibowitz a fait une miraculeuse découverte : d’inestimables reliques du martyr Isaac Leibowitz lui-même, qui jadis avait organisé la sauvegarde des dernières miettes du savoir balayé par le Grand Déluge de Flammes. 
C’est une lueur d’espoir en cet âge de ténèbres et d'ignorance, le signe tant attendu d’une nouvelle Renaissance. Mais l’humanité a-t-elle tiré les leçons d’un cataclysme qui l’a laissée exsangue, défigurée par le feu nucléaire? Saura-t-elle enfin se préserver des apprentis sorciers? Car l’Histoire, bientôt, menace de se répéter… 

Entre Le nom de la rose d’Umberto Eco et Docteur Folamour de Stanley Kubrick, une chronique rageuse et sarcastique de la folie humaine.

Critique :

                Voici déjà un bon mois, dans le cadre d’une lecture commune du cercle d’Atuan mais aussi du challenge Morwenna, j’ai lu un classique de la SF avec Un cantique pour Leibowitz. Et j’ai personnellement adoré. Tout du moins deux très bon tiers. Bon, de toute façon, je vous le dis, c’est un livre, comme tous les livres mais ici très particulièrement je trouve, dont personne n’aura la même lecture.

                Un cantique pour Leibowitz est décomposé en trois parties se déroulant à différentes périodes dans un contexte post-apocalyptique, toujours centré sur les lieux d’une abbaye un peu particulière. La première partie est bonne car elle contextualise bien le cadre de l’histoire proposée tout en ayant ce côté énigmatique qui nous pousse pas à poursuivre. Le rythme n’est pas effréné, mais je vous le dis tout de suite, c’est le style du récit qui veut ça.

                Car dans la seconde partie, on rentre dans le vif du sujet. C’est en tout cas là où j’ai trouvé le cœur de la réflexion. Car Un cantique pour Leibowitz est un livre qui veut faire cogiter un peu en prenant pour base la peur terrifiante qu’éprouve l’auteur vis-à-vis de la bombe atomique. Et ça marche pour ma part. J’ai trouvé cette partie grandiose. Bon, pour avoir lu les retours du Cercle d’Atuan, je sais que les avis sont plus mitigés pour la plupart, mais je persiste et signe. Rien que pour cette partie, le livre vaut le détour, grâce à cette profondeur d’esprit qui me fait kiffer grave la SF. En plus de cela, j’ai trouvé des personnages comme le poète, l’ermite ou encore l’abbé juste géniaux.

                La conclusion du bouquin dans son dernier acte m’a par contre moins touché. J’ai trouvé la narration plus précipitée. Justement parce que les choses s’emballent, mais bon, le rendu n’est pas le même. Je dirais que la qualité est là, c’est toujours intéressant à niveau égal avec la première partie, mais sans ce côté énigmatique. On est plus dans la sentence à l’égard du genre humain.

                Enfin, j’aimerais finir sur l’aspect religieux, comme notre époque n’est pas très cléricalement réceptif (moi compris). Si certains ne lisent pas cet ouvrage à cause de cet aspect, j’aimerais les convaincre de changer d’avis. Je n’ai personnellement par ressenti le côté religieux. Il ne s’agit que d’un vecteur de l’histoire proposée par Walter Miller. Donc oui, il y a bien quelques réflexions teintées par la religion, mais au final, le gros de l’idée aurait très bien pu supporter un cadre tout ce qu’il y a de plus athée.

Appréciation : 

Un classique de la SF qui mérite cette appellation, bien qu'un peu inégal. Une vision noire de la société humaine sans pour autant être manichéenne. Un livre intelligent et d’une grande ampleur, à lire.




jeudi 20 novembre 2014

Interstellar, de Cristopher Nolan


Film le plus attendu de l'année pour ma part, je n'ai pas été déçu par Interstellar. Ce film est amené à être une référence pour longtemps. Bien plus qu'un Gravity qui est un bon film, mais qui se fait surclasser très largement par le dernier Nolan, bien plus ambitieux.

Tout d'abord, on arrive en salle en n'ayant presque aucune idée de ce qui va se passer tant la bande-annonce restait énigmatique. Et j'avoue que ça me plaisait d'arriver dans la salle de cinéma sans avis préconçu. Et donc, je vais essayer de vous parler d'Interstellar sans parler de l'histoire, histoire de voir si je pourrais me reconvertir en funambule à l'avenir.

Mon coup de foudre commence avec Matthew MacConnaughey. Bon, ça reste platonique, mais depuis que je l'ai découvert dans des films comme Mud ou Dallas Buyer Club, ou une série comme True Detective, je ne peux plus me lasser d'admirer l'acteur. Et force est de constater qu'il est encore une fois au top dans sa prestation, surtout dans sa relation avec sa fille, relation qui se trouve être le principal fil conducteur du film si l'on expurge l'aspect science-fiction. Leur lien est absolument bouleversant tellement il est fort. Bon, en comparaison, les autres personnages du film paraissent un peu plus fade, mais c'est une des seules réservent que j'ai en stock peut-être, avec Anne Hattaway dont je ne suis pas fan (mais elle n'a pas un rôle très gratifiant non plus).


Essayons de parler de l'histoire s'en rien en dire maintenant. Interstellar, je dois l'avouer, ne brille pas par un scénario à de multiples rebondissements, encore que, il y en a quelques-uns bien distillés. Interstellar brille surtout dans l'intégration et la mise en relation d'une masse considérable de concepts scientifiques, ce qui classent véritablement ce film dans la case Anticipation. Je vois de-ci de-là pas mal de critiques sur la cohérence scientifique, mais je trouve pour ma part que c'est très cohérent. Bon, il faut essayer de faire abstraction si l'on ne comprends pas tout du concept ou de la représentation d'un concept, mais je n'ai jamais été choqué, surtout en partant du principe que dans un film non-documentaire, il y a toujours une licence artistique.

Et justement, j'ai trouvé le film extrêmement beau sur le plan esthétique. Les jeux de lumière sur la planète Terre donnent un véritable cachet, avec cette aspect crépusculaire qui souligne bien le lent déclin de notre civilisation (arf, ça y est, je n'ai pas pu m'empêcher de parler du scénario du film). Et puis plus encore l'espace, les exoplanètes et autres différents phénomènes astrophysiques. La photographie du film est différente de ce qu'on a pu voir dans d'autres films, sans pour autant nous désorienter.

Et c'est là où je voudrais faire le lien entre images et bande-son du film. En tant que spectateur, je me suis senti écrasé par l'atmosphère dégagée, orienté par le gigantisme de l'espèce, avec des plans éloignés et une musique de Hans Zimmer particulièrement puissante. Ça m'a vraiment tordu les tripes. D'ailleurs, plus qu'une musique, j'ai trouvé que cela ressemblait plus à la transcription d'une chose en un son. je ne pense pas parvenir à être clair dans cette explication, mais le fait que Hans Zimmer ait composé la bande-son en aveugle a du demander un effort extrême de représentation mental, ce qui permettrait en quelque sorte de plus toucher à l'essence de l'objet qu'on souhaite représenter par des sons. J'ai trouvé ça totalement réussi en tout cas.

Je pourrais parler encore très longtemps de ce film. Sachez que c'est un film dont je suis sorti estomaqué. C'est au moins au niveau de ce que j'attendais. J'avais même la crainte d'un raté total, mais me voilà rassuré. C'est un film profond, avec de très belles répliques, touchant émotionnellement et esthétiquement. Je ne peux que vous conseiller de le voir, bien content que la SF au cinéma ne se limite pas à moult blockbusters décérébrés.



J'aimerais enfin dédier cette chronique à Josselin, avec qui je serais allé voir ce film en temps normal. Un mec extra, un ami comme on en a peu. Jojo, merci pour tout.

samedi 15 novembre 2014

Le Dévoreur au ciné #9 J'ai refait mon retard

Bon-jour.
Voi-ci-que-je-rattrape-mon-re-tard-dans-les-films-vus-au-ci-né-ré-cem-ment-et-que-j'ai--ap-pré-cié. Mer-ci-d'en-pren-dre-bon-ne-note. Stop.

Gone Girl, de David Fincher
Avec Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris

Encore une surprise avec ce film, et un bon bouche à oreille aussi. Car me fiant à mon instinct habituel après avoir visionné la bande-annonce, je n'attendais pas grand chose de ce film, et j'étais même prêt à ne pas me rendre en salle. Heureusement, je suis une personne influençable, et l'on m'a convaincu de le voir. Bien m'en a pris, une belle claque avec ce thriller peu commun. C'est difficile d'en parler sans vous spoiler. Personnellement, j'étais assez fier de moi car j'ai pigé le truc de l'histoire assez rapidement (*s'envoie des fleurs*), mais ça n'a en aucun cas gâché mon plaisir. Un film bien ficelé et excellent, par la même occasion.

Mommy, de Xavier Dolan
Avec Anne Dorval, Suzanne Clément, Antoine-Olivier Pilon

Cette semaine, j'ai découvert que le québecquois était un langage bien différent du français. Le temps d'adaptation passé grâce à des sous-titres indispensables, force est de constater la réussite qu'est Mommy, un film très fort émotionnellement, très intense dans les relations humaine mises en scène. Par moment, une chape de plomb s'empare de vos intestins, mais souvent, on sourit (et même rit) de la cocasserie de certaines situations, sans pour autant que ce soit une comédie. Le film est long, même en même temps pas du tout tant il y a de chose à dire. Il aurait pu y avoir une heure de rab que ça ne m'aurait pas gêné. On vit une année très riche en tranches de vie particulièrement réussies au cinéma. On ne peut que ressentir de l'empathie pour les personnages principaux mis en scène d'une part grâce aux jeux d'acteurs, et d'autres part grâce à l'authenticité dégagée. Un film du genre incontournable, avec une réalisation en plus de cela différente de ce qui se fait à l'heure actuelle, où le réalisateur s'éclate avec sa caméra, ça fait plaisir. 

Fury, de David Ayer
Avec Brad Pitt, Shia LaBoeuf, Logan Lerman, etc

Bon, disons-le clairement, j'ai adoré Fury et découvert un réalisateur inconnu au bataillon pour ma part. Le dernier film de guerre que j'ai aimé est... je ne sais plus, c'est dire que ça date. Bon, je n'en regarde pas des masses, mais Fury est tout d'abord une réussite sur le plan esthétique pour moi. Entre le quotidien d'un soldat et le confinement d'un équipage de char, mais aussi les plans plus larges extérieurs à la troupe de Brad Pitt, le film est loin d'être moche malgré la dureté de la guerre. Ensuite, le scénario. Un bon scénario. Bien évidemment, on connait déjà la guerre, et Fury relate un acte d'héroïsme, avec ce patriotisme américain propre aux films hollywoodiens, mais sans outrance, avec une mesure appréciable. L'Américain n'est pas tout propre, l'Allemand n'est pas tout sale. Bref, aucun ennui de mon côté. Suivre un équipage de char était pour moi nouveau, et peut-être s'il est un seul reproche que l'on peut relever comme me l'a fait remarquer mon camarade de séance, c'est l'aspect un peu caricatural de la composition de l'équipage. Encore que, ça ne m'a pas gêné pour ma part, et j'ai même trouvé que ça apporté une belle variété dans les relations entre personnages.

lundi 10 novembre 2014

Le Dévoreur au ciné #8 Je suis à la bourre

Bonsouâr tout le monde !
En ce moment, période plutôt cinéphile que lecturophile, car il y a quelques bons films qui me faisaient de l'oeil. Et ce n'est pas fini, car ça prépare le terrain pour un certain Christopher Nolan que je vais voir très prochainement. Mais pour le moment, c'est un billet de rattrapage va-t-on dire, car voici une sélection de choses que j'ai aimé depuis plusieurs mois. Viendra prochainement les films encore à l'affiche.

Enemy, de Denis Villeneuve
Avec Jake Gyllenhaal, Mélanie Laurent, Sarah Gadon

Après Prisoners que j'avais beaucoup aimé, j'attendais le Denis Villeneuve nouveau avec une certaine impatience. Quelle ne fut pas ma surprise de voir le film enlevé de l'affiche du Pathé le plus proche de chez moi au bout d'une seule semaine. Déplacement obligé dans un cinéma plus cosy pour se faire lobotomiser le cerveau. Un viol bien en règle où la réaction à la sortie de la salle est le désormais célèbre "Ouate ze Fuque". Enemy n'est pas un film grand public, et heureusement qu'il ne dure qu'une heure trente, car il faut parfois s'accrocher pour décortiquer un sens à l'affaire. Mais au final, si l'on détient un certain bagage culturel pour décrypter l'aspect symbolique caché derrière tout ça, et que vous aimez porter votre cerveau en ébullition, l'affaire est sûrement pour vous. Pas mon film de l'année, mais un film très intéressant avec une esthétique, vraiment bien sympathique. Et un rôle qui va comme un gant à Jake Gyllenhall.

Edge of Tomorrow, de Doug Limann
Avec Tom Cruise, Emily Blunt, Bill Paxton

Sincèrement, une excellente surprise. Un film purement divertissant sans être abrutissant. Un scénario simple mais efficace. De l'humour bien soutenu par cette histoire de boucle temporelle et un Tom Cruise canaille comme il le fait si bien habituellement. Son personnage est d'ailleurs vraiment cool puisqu'il est à la base un militaire bureaucrate bien gradé, beau salop de première qui va être expédié au front contre les aliens tout simplement parce que... c'est un salop. On ne s'ennuie jamais, j'ai ressenti un petit côté jeu vidéo, et les extra-terrestres m'ont fait penser aux machines dans Matrix. C'était un film bien cool.


Boyhood, de Richard Linklater
Avec Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Ethan Hawke

Le film concept qu'il ne fallait pas manquer. Tourné sur une période de 12 ans, Boyhood s'avère être un must. Ce tournage très particulier se ressent dans la structure du récit qui, au final, est très linéaire (sans être péjoratif), ce qui sert le fond (grosse) tranche de vie de Mason dont on suit l'enfance, de "l'âge de raison" à sa majorité. Pas d'intrigue à proprement parler, on se laisse porter par le flot, par les drames et les joies du quotidien, par la vie en somme. N'ayez pas peur d'une narration déstructurée. Si l'on ressent parfois les transitions d'une année sur l'autre, ce n'est pas gênant. Un film touchant à voir impérativement.


dimanche 2 novembre 2014

La Route de la Conquête, de Lionel Davoust

Titre : La Route de la Conquête
Auteur : Lionel Davoust
Editeur : Critic
Date présente édition : septembre 2014
Couverture :

Illustrateur : François Baranger
Pages : 370 pages
Prix : 19,00 euros

Biographie auteur :

                Né en 1978, Lionel Davoust est l’auteur de quatre romans et d’une vingtaine de nouvelles. Avec La Route de la Conquête, il continue d’explorer l’univers d’Evanégyre, qu’il développe depuis plus de quinze ans. A travers six textes au sommaire de cet opus, il ambitionne de dépeindre la réalité humaine d’un monde de fantasy avec ses nations, ses politiques, ses bouleversements et ses héros, dont les échos retentissent au fil des siècles.          

Synopsis :

On la surnomme la Faucheuse. Débarquée trente ans plus tôt dans le sud, la généralissime Stannir Korvosa assimile méthodiquement nations et tribus au sein de l’Empire d’Asreth, par la force si nécessaire. Rien ne semble pouvoir résister à l’avancée de cette stratège froide et détachée, épaulée par des machines de guerre magiques.
Parvenue à l’ultime étape de sa route, elle est confrontée à un nouveau continent un océan de verdure où vivent des nomades qui ne comprennent pas les notions de frontières ou de souveraineté. Elle doit pourtant affirmer l’autorité impériale car, dans le sous-sol de la steppe, se trouvent des ressources dont Asreth a terriblement besoin. Mais après une vie de conquête, Korvosa pourrait bien rencontrer la plus grande magie qui soit… et se débattre avec une situation inédite : le pacifisme.

Critique :

                Allô docteur ? J’ai le cœur qui palpite un peu trop vite, est-ce normal ? Comment ça ? Je serais amoureux, moi ?! Soyons sérieux, vous voudriez me dire que La Route de la Conquête, en plus d’être hyper sexy, est intelligente, riche et pas chère en même temps (attention, phrase soumise à de nombreuses interprétations plus ou moins recommandables) ? Bon, je ne vous opposerais pas trop de résistance alors, je vous crois sur parole. Vous êtes bien mon alter ego mental après tout.

                Et oui, La Route de la Conquête de Lionel Davoust est un véritable coup de cœur, représentant tout ce que j’aime en fantasy. Je pense tout simplement que monsieur Davoust fait partie des plus belles plumes de l’Imaginaire français à l’heure actuelle. C’est suffisamment rare pour que je le souligne, mais il y a des envolés dans les textes présents qui valent le coup uniquement pour la beauté des mots. Il y a un sens de la métaphore que peu d’auteurs ont vraiment, accompagné d’une telle fluidité. Une très belle maîtrise à signaler en tout cas.

                Dans un ressenti global, j’aimerais rapprocher Lionel Davoust d’une auteure comme Ursula Le Guin. Oui oui. Bien sûr, le style est différent, ou peut-être ai-je lu trop récemment Terremer pour m’en détacher suffisamment, mais comme je le soulignais dans mon introduction, il y a cette intelligence perceptible entre les lignes, cette humanité, ce ton apaisé, surtout dans les trois premiers textes réunis, moins dans les suivants au ton plus épique (quoique, par moment…).

                Parlons d’ailleurs de ce côté un peu plus épique par la suite. Le dernier texte est un peu particulier, mais les deux précédents trouvent vraiment écho dans les trois premiers (vous me suivez ?). Les récits au cœur de la bataille ne se veulent jamais gratuit dans l’assemblage de cette mosaïque au final très cohérente. Et en plus, c’est merveilleusement bien narré. Comme quoi, Lionel Davoust sait jouer de la plume dans différents registres.

                Ma lecture achevée, je n’ai eu qu’une envie, me replonger dans La Volonté du Dragon (que je conseille aussi très vivement). Et c’est chose assez rare pour le signalé. La dernière fois que j’ai relu un bouquin, c’était Le Nom du Vent pour la sortie de sa suite. Seulement, la profondeur de l’univers créé par l’auteur est telle qu’une relecture ne gâche pas le plaisir, loin de là. Une nouvelle brique à cet univers d’Evanégyre est déjà annoncée pour l’an prochain – quelque chose d’ambitieux apparemment – que je bous déjà d’impatience.

Appréciation : Un recueil de nouvelles « topissime », se répondant les unes aux autres, servi par une très belle plume dans un univers foisonnant. Lisez ce bijou de fantasy !

mercredi 22 octobre 2014

Les neuf princes d'Ambre, de Roger Zelazny

Titre : Les neuf princes d’Ambre
Série : Le cycle des Princes d’Ambre
Auteur : Roger Zelazny
Editeur : Folio SF
Date présente édition : septembre 2000
Couverture :
Photo : P. Uitti-Maslin
Pages : 256 pages
Prix : 6,80 euros

Biographie auteur :

Après des débuts dans la poésie, Roger Zelazny (1937-1995) obtient le succès dès son premier roman, Toi, l’immortel, qui obtient le prix Hugo en 1966 à égalité avec Dune de Frank Herbert. Il réitère l’exploit deux ans plus tard avec Seigneur de lumière. Au total, il remportera six prix Hugo, ce qui fait de lui l’un des auteurs de science-fiction les plus primés.
Son œuvre est une relecture des mythes, qui n’hésite pas à faire se croiser la religion, la magie et la technologie, comme dans Seigneur de lumière qui prend pour cadre la mythologie hindoue. Ses textes sont remplis de bruit et de fureur, et ce n’est sans doute pas un hasard si le sujet de maîtrise de Zelazny portait sur le drame élisabéthain. Ainsi sa décalogie des Princes d’Ambre met en scène un évadé d’asile se disputant la domination du royaume d’Ambre et constitue une référence de la fantasy.
Roger Zelazny a aussi écrit de nombreux textes en collaboration avec d’autres auteurs comme Philip K. Dick (Dies Irae), Robert Sheckley, Alfred Bester et sa femme Jane Lindskold, qui terminera ses derniers romans après sa mort, dont Lord Démon.          

Synopsis :

Un amnésique s'échappe d'un hôpital psychiatrique après avoir découvert le nom de la personne qui l'a fait interner : Flora, sa propre sœur. Celle-ci lui révèle qu'il se nomme Corwin, et qu'il est l'un des neuf frères qui se disputent le pouvoir au royaume d'Ambre, le seul monde réel dont tous les autres sont des reflets, des ombres ; que les princes d'Ambre ont la faculté de parcourir ces univers parallèles par la puissance de leur seule volonté.
Recouvrant peu à peu la mémoire, Corwin entame un périlleux voyage en direction d'Ambre, glissant d'ombre en ombre dans le but de disputer au prestigieux Eric, le plus brillant des princes, le trône du royaume.

Critique :

                Ma chasse aux classiques se poursuit, et pour le moment, ça ne se déroule pas trop mal. Même très bien avec Les neuf princes d’Ambre que j’ai beaucoup aimé. Certes, ce premier volume du cycle n’est au final qu’une introduction, mais une introduction avec beaucoup de rythme, et ce n’est pas du tout déplaisant. J’aime bien cette contrainte d’autrefois où il fallait un livre court et dynamique, ça détend.

                Dans le détail, j’ai trouvé qu’en milieu de livre, il y aurait eu moyen peut-être d’être moins factuel dans l’action et d’augmenter ainsi le côté épique, mais Zelazny semble vouloir raconter tellement de chose que ça semble aussi parfois difficile d’exaucer mon souhait. Néanmoins, j’ai trouvé l’auteur très fort sur le premier et dernier tiers du livre. Le début nous happe dans ce rythme frénétique accru par l’urgence de la situation de Corwin, amnésique plutôt très différent du commun des mortels. J’adore ce côté très calculateur, et ça lui réussit plutôt bien dans ce premier temps.

                Ce que je trouve très fort de la part de Zelazny dans la conclusion de ce tome, c’est qu’il rend encore plus intéressant « l’après-bataille ». Il s’y attarde plus que la guerre, et c’est d’autant plus captivant, car l’auteur a des idées à faire valoir.

Par ailleurs, j’aime cette low fantasy, où notre monde réel communique avec un monde imaginaire. Sauf qu’ici, Zelazny renverse les rôles. Notre monde n’est qu’une ombre que royaume d’Ambre. Bref, sans être une claque, un livre que je conseille.

Appréciation : Rythmé, imaginatif, mais parfois trop succinct, un bon classique de la fantasy à découvrir.




mercredi 15 octobre 2014

L'oreille interne, de Robert Silverberg

Titre : L’oreille interne
Auteur :  Robert Silverberg
Editeur : Folio SF
Date présente édition : février 2010
Couverture :

Illustrateur : Damien Venzi
Pages : 338 pages
Prix : 7,90 euros

Biographie auteur :

           Né en 1935, Robert Silverberg publie sa première nouvelle à dix-huit ans et remporte le prix Hugo à vingt ans. Il commence véritablement sa carrière d’écrivain de science-fiction en 1954 et ne cesse dès lors d’écrire, produisant une œuvre particulièrement abondante – environ deux cents nouvelles et dix romans en moins de deux ans –, sous une dizaine de pseudonymes différents. En 1959, il décide de ralentir un peu la cadence et il abandonne la science-fiction en 1964, pour se consacrer à la vulgarisation scientifique. Il reprend la science-fiction quatre ans plus tard, devenant président de la Science Fiction and Fantasy Writers of America en 1967-1968, puis abandonne de nouveau en 1978. Il revient enfin sur le devant de la scène en s’attaquant, en 1980, à la fantasy.     

Synopsis :

David Selig, Juif new-yorkais d'une quarantaine d'années, se considère comme un raté. Il est pourtant télépathe et pourrait profiter de ce don pour faire fortune, conquérir – et garder ! – les plus belles femmes… Mais non, rien à faire, il estime être un monstre tout juste bon à faire le nègre sur des devoirs d'étudiants, incapable de réussir sa vie. La dernière preuve en date : ce talent qu'il déteste tant, mais qui est finalement son seul lien avec le reste de l'humanité, est en train de le quitter ! Apeuré à l'idée de se retrouver seul avec lui-même, Selig nous conte sa misérable existence. 
Grand roman psychologique, plein d'humour et de mélancolie, L'oreille interne est peut-être le plus beau livre de Robert Silverberg et à coup sûr un chef-d'œuvre de la science-fiction.

Critique :

                Dans le cadre du challenge Morwenna’s List, me voici amené à lire pas mal de classiques SFF manquant à ma culture. Et autant vous dire que je ne m’y attaque pas à reculons, c’est un grand plaisir. L’Oreille interne entre dans ces classiques dont on m’a dit « lit ça, c’est un incontournable ». Alors je m’exécute. Et enfin, oui, je comprends pourquoi certains considèrent ce roman comme un chef-d’œuvre de la science-fiction, avec cette dimension psychologique parfois étouffante, portée par une recherche constante du mot juste.

                Malgré tout, je ne suis pas totalement entré dans ce roman. Peut-être est-ce mon côté trop « gentil », car j’ai trouvé l’aspect psychologique justement parfois trop brut de décoffrage. On me rétorquera sûrement que c’était évident vu le don de David Selig, mais en même temps, voilà quoi (oui, c’est un argument imparable). Mais je vous avoue que ça fait des jours et des jours que je galère sur cette chronique, donc que dire d’autre.

                Formellement, le déroulé de l’histoire n’est pas linéaire chronologiquement, mais suit bien évidemment une certaine logique. Et je trouve que, personnellement, c’est organisé au mieux, entre progression de sa déliquescence et flashbacks. Bref, comme il y a une part de déception dans ma lecture, je ne sais pas trop quoi rajouter. Je m’attendais à un livre presque au niveau d’un Des fleurs pour Algernon, en tout cas plus dans cette veine, mais L’Oreille interne, bien qu’original (d’où cette catégorisation « chef-d’œuvre de la SF »), restera juste un bon livre à mon goût.

Appréciation : Un bon livre, mais manquant un peu de finesse dans certaines relations, d’où une certaine impression de froideur et de manque d’empathie des fois (sans vouloir que ça vire au larmoyant).